
À tous les sens.
Voir les fenêtres de nos années s’ouvrir sur des jours plus audacieux.
Entendre l’écho de partitions mélodieuses, envolées vers l’horizon.
Sentir d’insolites essences apporter ce bien‑être naissant et apaisant.
Toucher le vide frais du souffle de la brise qui vient envahir l’espace.
Voir le monde basculer vers un avenir incertain, chargé d’inquiétudes.
Entendre la fureur et le tumulte éclater là où régnait une douce tolérance.
Sentir de si beaux parfums et comprendre qu’il reste toujours à découvrir.
Toucher avec douceur la peau de l’être cher et se sentir envahi d’émotions.
Voir l’humain de moins en moins humain, et chercher encore l’exception.
Entendre les cris étouffés, désemparés, de tous ceux que l’on n’écoute plus.
Sentir la puissance de l’humus dans les sous‑bois fraîchement arrosés.
Toucher la rugosité du vieux chêne, effleurer son manteau de lichen.
Voir la nature se transformer, laisser cette sensation de ne plus la reconnaître.
Entendre les silences lourds et pesants qui remplacent les dialogues perdus.
Sentir le sauvage iodé de la vague d’écume qui s’écrase contre un rocher.
Toucher la pluie qui tombe et qui vient purifier le ravage de nos tourments.
Voir que l’on avance en oubliant souvent de réfléchir à nos futures destinées.
Entendre les murmures d’espoir qui tentent encore de se frayer un chemin.
Sentir au loin ce bouquet d’arômes discret qui apporte la signature attendue.
Toucher la terre humide et sentir qu’elle garde encore la mémoire de nos pas.
Déposer des empreintes de notes multiples au fil des jours,
Offrir un point d’ancrage à l’éphémère pour retenir ce qui nous traverse,
Et comprendre que nos sens gardent en eux la mémoire du monde.
Joël Charvillat


