
Fernand
Un petit bout de rien, un petit bout de tout. Un fragment posé ici, comme une trace.« Son regard perdu dans le plafond gris ne cherchait plus le ciel. »
Fernand – Une vie aux marges du bruit
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Ce récit ne retrace pas une vie ordinaire. Il explore les pensées, les images aux portes des valeurs.
Fernand, ouvrier parmi les machines, n’avait peut-être pas d’autre choix. Son parcours semblait écrit dans les marges d’un monde qui ne l’écoutait pas.
L’époque fuyait. Le profit régnait. L’homme cédait sa place aux machines.
Dans l’atelier, son allure somnolente trahissait un vide intérieur. Un pantin, un épouvantail, un corps sans pensée.
Son regard, perdu dans le plafond gris, ne cherchait plus le ciel.
Il avait atteint ce point de non-retour que nous caressons tous, mais que nous fuyons quand la lucidité nous étreint encore.
Les bruits du site l’envahissaient : sons graves, aigus, profonds.
Les crépitements d’air comprimé, les sifflements du marteau piqueur, les machines en perpétuel mouvement.
Une cacophonie incessante vidait son esprit.
Les déferlantes sonores giflaient son visage.
Il ne croisait que des regards pleins de pensées… mais muets.
Les valeurs s’étaient dissoutes.
L’humanisme s’était tu.
La chaleur humaine s’était évaporée.
La jalousie et l’hypocrisie régnaient.
Le temps n’apprenait plus à maîtriser le temps.
Les échanges devenaient banals, sans intérêt, par simple politesse.
Aucun ne se connaissait vraiment.
Le devoir de réserve jouait pleinement.
Ils étaient hommes et machines à la fois.
Et pourtant… Fernand commença à converser avec moi.
Son corps sans emprise, nous étions un tout.
Il me dit :
Je compris alors l’ambiguïté dans laquelle nous nous trouvions.
La force du “nous” qui se fusionne en “moi”.
Nous entamâmes une balade intemporelle, un chant du cygne.
Un nuage cotonneux servait de passerelle entre deux gués : l’inconscient et le subconscient.
Des préceptes aux égarements de l’esprit.
………etc Joel Charvillat.
Ce texte est un fragment de mémoire.
Il ne cherche pas à convaincre, mais à respirer.
Si ce souffle vous touche, laissez une trace. Même invisible. Elle sera reçue…….
